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Note de cadrage

L’Afrique est plus que jamais au cœur de l’échiquier géopolitique mondial. Entre séduction diplomatique, promesses d’investissements massifs et accords stratégiques, les États-Unis accélèrent leur offensive sur le continent depuis le retour de Trump à la Maison Blanche.

Alors qu’il avait affiché un net désintérêt pour le continent lors de son premier mandat, la donne semble avoir changé : le continent africain est désormais intégré à la stratégie « American First », pilier du second mandat, grâce à plusieurs programmes susceptibles de faciliter d’importants transferts des capitaux.

Bâtiment du Capitole

Il convient cependant de noter que certaines prises de position de cette administration continuent de heurter gratuitement les intérêts du Continent. C’est le cas des accusations portées contre l’Afrique du Sud sur un prétendu « génocide blanc » visant la minorité Afrikaners ou encore les menaces du président américain d’intervenir au Nigéria pour mettre un terme au massacre d’un « nombre record des chrétiens ». Ces déclarations rejetées comme une grave déformation de la vérité par le gouvernement fédéral nigérian et contredites par des nombreux experts ont néanmoins lourdement terni l’image du pays à l’image du rapport parlementaire du député républicain de Virginie, Riley Moore décrivant le Nigéria comme « le lieu le plus mortel au monde pour la communauté chrétienne ».

Quoi qu’il en soit, il est évident que nous sommes loin du manque d’intérêt qui frisait le mépris du premier mandat quand le président américain traitait les pays africains et Haïti de « pays de merde » et ne "disposait d’aucune stratégie cohérente sur le continent qu’il percevait juste comme un champ de bataille pour contrer l’influence russe ou chinoise" (Jeff Hawkins, ancien ambassadeur des Etats-Unis en République Centrafricaine).

Désormais, sous le prisme de l’« America first », l’Afrique retrouve une place stratégique grâce à plusieurs programmes susceptibles d’engranger d’importants transferts des capitaux. A cela s’ajoute des externalités positives, telles que l’amélioration de la gouvernance ou une meilleure allocation budgétaire au profit des dépenses sociales, comme la santé, souvent négligées par les gouvernements locaux.

Justification de la thématique 

En dépit de ces externalités, certaines de ces initiatives suscitent encore moult controverses : non seulement sur les bénéfices engrangés par l’Afrique mais aussi sur l’abandon apparent des valeurs historiquement promues par Washington, comme les droits humains ou la démocratie. « La nature des régimes, qu’ils soient dictatoriaux ou non, comptera beaucoup moins pour Trump que pour ses prédécesseurs », avertissait déjà Jeff Hawkins.

A titre illustratif, les accords migratoires qui consacrent l'expulsion de migrants vers des pays tiers sans préavis ni recours juridique en violation, de l’avis de nombreux experts, de certains instruments internationaux auxquels les Etats-Unis ont souscrit. Cette pratique historiquement limitée et rarement utilisée par les Etats-Unis est érigée depuis l’année dernière en un système quasi permanent par les biais de nombreux accords bilatéraux avec des pays en développement qui pour certains d’entre eux sont plus connus pour leur non-respect des droits de l’homme et leur niveau de corruption très élevés. Des accords sur lesquels peu de détails ont filtré pour certains d’entre eux alimentant ainsi la polémique sur les contreparties proposées aux pays partenaires par les Etats-Unis ou alors sur les moyens de pression exercés sur eux par ces derniers pour leur conclusion. Il faut dire que l’enveloppe financière qui accompagne ces expulsions est une véritable manne pour certains pays. Pour le cas de la République Centrafricaine par exemple, le New York Times rapportait au premier trimestre 2026 que les négociations sur un éventuel accord porterait sur l’infusion de 85 millions de dollars ; ce montant représente environ 15% du budget national 2026 de ce pays.

Autre programme faisant partie de la stratégie America First qui suscite une vive polémique, les accords de santé. Ces accords qui représentent un volume d’au moins 20 milliards de dollars sur la période 2026–2030, dont environ deux-tiers financés par les États-Unis et le tiers restant par les pays partenaires sont censés pallier efficacement aux conséquences du désengagement étatsunien de l’OMS et le démantèlement du programme USAID. Ce programme qui est censé renforcer progressivement les capacités de ces Etats à bâtir des systèmes de santé autonomes suscitent tout de même des réserves de la part de certains pays et experts, notamment sur les contreparties qui pour certaines, tels le partage des données sanitaires, violerait les droits des patients africains.

Mais de tous ces programmes mis en place, le Projet Vault en est sans le moindre doute le fer de lance. Face à la concurrence acharnée de la Chine et à ses chantages récurrents, la Maison-Blanche a mis sur pied un programme portant sur la création d'une importante réserve commerciale stratégique de minéraux critiques, destinée à protéger les industriels américains des ruptures d'approvisionnement et de la volatilité des prix des matériaux essentiels à leur industrie de haute technologie : C’est le projet Vault. Sur le plan conceptuel, le projet s’apparente à la réserve stratégique de pétrole appliquée aux minerais critiques qui est soutenu par un financement de départ de 10 milliards de dollars de la Banque américaine d'import-export (EXIM) et de 2 milliards de dollars de financement privé.

 

Les États-Unis traitent les terres rares et les minerais critiques comme des actifs de sécurité nationale, au même titre que le pétrole après les chocs énergétiques des années 1970. L’enjeu justifie cette position. Un iPhone, c'est une quinzaine de minéraux dits "critiques" et un avion de combat F-35 nécessite à lui seul plus de 400 kg de terres rares.  Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine détient environ 90 % de la capacité mondiale de traitement des terres rares et 70 % de la production mondiale. Et l’Afrique regorge de ces minerais au point d’en avoir la quasi exclusivité comme dans le cas du Cobalt et du Coltan.

 

Plus récemment encore, la reconduction de l’AGOA jusqu’en décembre 2028 votée par le Sénat américain offre un répit à près de 32 pays africains dans un contexte tumultueux dans le domaine des droits de douanes marqué par les ajustements tarifaires décidés par l’administration Trump en 2025. Le texte adopté par une majorité écrasante (90 voix contre 6) et qui introduit une conditionnalité sur l’accès aux minerais critiques doit encore passer par la Chambre des Représentants avant sa promulgation. L’African Growth Opportunity Act, AGOA en sigle, est le dispositif phare des relations commerciales entre les États-Unis et les États d'Afrique subsaharienne depuis le début des années 2000 permettant à ces pays d’exporter en franchise de droits de milliers de produits vers les Etats-Unis.

Objectifs et intérêt de la thématique 

Notre conférence se propose, à travers ces trois axes stratégiques apparemment divergents mais en réalité complémentaires, de s’interroger sur les implications réelles des différents accords Etats-Unis- Afrique à l’heure de la doctrine transactionnelle. Elle envisage aussi d’évaluer les marges de manœuvre dont disposent les Etats africains pour négocier équitablement les termes de ces partenariats bilatéraux.

Sur les accords de santé par exemple, le débat fait sens dans la mesure où bon nombre de ces partenariats ont été signés sans consultation préalable du parlement, remettant en cause une partie de la souveraineté des pays concernés. A cela s’ajoute le problème de la souveraineté et de la gouvernance des données, sachant que les pays bénéficiaires des milliards américains sont tenus de partager leurs données de santé et agents pathogènes avec Washington. Du point de vue des droits de l’homme, le transfert de données sanitaires met aussi en évidence des incohérences : « La mauvaise gestion des données de santé expose les citoyens à des risques de chantage, de discrimination » estime auprès de l’AFP la chercheuse en santé publique Bupe Kabamba. 

L’opacité de ces accords est un autre aspect qui justifie l’intérêt de cette thématique : pour la plupart, ces partenariats ont été signés par des gouvernements sous pression, et n’ont jamais été publiés intégralement par l’une ou l’autre des parties. La capacité des pays africains signataires à mobiliser les milliards de dollars sur lesquels ils se sont engagés dans le cadre de ces programmes de santé constitue aussi un pan de la question qui mérite d’être abordé. Cela est d’autant plus vrai que, pour la majorité de ces accords,  le financement américain se veut dégressif sur 5 ans, laissant à la charge des Etats partenaires le reste des fonds nécessaires à la réalisation des projets. Des conditions contraignantes, qui contrastent avec les habitudes budgétaires des gouvernements africains en matière de santé. 

S’agissant de la gestion des flux migratoires, cette thématique est pertinente en ce sens  qu’elle soulève des questions de droit international humanitaire. Comment comprendre que l’Afrique, Continent avec le plus grand nombre de réfugiés et de déplacés internes, se porte volontaire pour accueillir des migrants en provenance des Etats-Unis, première puissance mondiale ? Pour de nombreux experts, les restrictions de visas, les droits de douane, l’accès aux financements américains et les promesses de soutien militaire aux pays en guerre sont très certainement les moyens de pression employés par Washington pour contraindre ces pays à signer ces accords migratoires, au mépris du droit national et international. 

Dans le cas du Projet Vault, les prochaines rencontres-conférences de Alterna seront l’occasion d’analyser la portée réelle de ces contrats sur les minerais critiques et les terres rares. Alors que les Etats-Unis cherchent à s’apprivoiser les minerais critiques et les terres rares pour sécuriser leurs industries et réduire leur retard sur la Chine, les pays africains comme la RDC ne courent-ils pas le risque d’être de simples pourvoyeurs de minéraux bruts ? N’est-il pas temps pour les Nations africaines riches en ressources rares d'envisager la piste de l’industrialisation et du raffinage à l’échelle locale ? La question mérite d’être posée parce que pour ces Etats, continuer à exporter leurs ressources naturelles vers les Etats-Unis (ou la Chine), c’est se priver volontairement des revenus que peuvent générer leurs sous-sol. Il sied aussi de souligner les pressions diplomatiques auxquelles sont soumis ces pays, puisqu’ils se retrouvent au milieu d’une guerre d’influence entre Washington et Pékin. Enfin, ces Etats voient leur souveraineté économique et leur liberté commerciale menacées, sachant que ces contrats intègrent parfois des clauses de « droit de premier refus » (droit de préemption) en faveur des Américains.

A l’heure où le continent africain suscite l’intérêt des grandes puissances, cette thématique est l’occasion pour les acteurs systémiques continentaux d’aller au-delà d’une lecture strictement bilatérale des relations américano-africaines, pour en proposer une vision transversale articulée autour de la chaîne de valeur des minéraux critiques, des politiques sanitaires et de la gestion des flux migratoires. Elle vise également à identifier les axes stratégiques sur lesquels l’Afrique peut s’appuyer pour tirer réellement avantage de cette offensive américaine sans être dans la posture de la proie. A travers l’intervention d’experts de haut niveau, nos rencontres-conférences ont aussi pour objectif d’outiller les décideurs, les acteurs de politiques publiques et les gouvernements africains d’une analyse rigoureuse et actualisée, afin de transformer cette relation en un partenariat négocié, qui préserve les intérêts et la souveraineté de l’Afrique.

Direction de la publication et Comité scientifique

Comité scientifique Alterna et experts de haut niveau 

Modalités de soumission

  • Remplir le formulaire ci-dessous « Participez à l'ouvrage-collectif de la conférence » ou envoyer sa requête de contribution à contact@alterna.africa avec en attache son CV, l’axe thématique sélectionné et un résumé provisoire de la contribution. 

  • Un guide rédactionnel ainsi qu’un support de coordination sont mis à la disposition des contributeurs dès la validation de leur soumission. 

Agenda avec stylo

Calendrier

  • Début de contribution au livre-support de la conférence: 7 septembre 2026

  • Clôture de contribution au livre-support: 20 septembre 2026

  • Publication et distribution du livre-collectif: 25 septembre  2026

  • Conférence: 01-02 octobre 2026

  • Lieu: Dakar, Sénégal

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