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Sous-thème du mois:
2. Accord Migratoire avec les Etats-Unis, quelle contrepartie pour les pays africains?

Background

Depuis son entrée en fonction en janvier 2025, l’administration américaine du président Donald Trump a mis en œuvre un large éventail de mesures restrictives visant à juguler l’immigration aux États-Unis. Parmi celles-ci, la mesure la plus controversée est sans conteste l'expulsion de migrants vers des pays tiers, sans préavis ni recours juridique effectif. Bien que validée par la Cour suprême des États-Unis, cette pratique s'opèrerait, de l'avis de plusieurs organisations internationales des droits humains comme Human Rights Watch, en violation manifeste de plusieurs instruments internationaux ratifiés par Washington. Historiquement marginale, cette stratégie a été érigée depuis un an en un système quasi permanent, adossé à la multiplication d'accords bilatéraux avec des pays en développement.

I. Les accords de déportation avec les pays tiers dits « sûrs »

les déportations vers les pays tiers reposent juridiquement essentiellement sur les accords avec les pays tiers sûrs, signés avec le Canada d’abord et les pays du Triangle du Nord (Guatemala, Honduras, Salvador) ensuite, respectivement en 2002 et en 2019-2020, avant que ce type de partenariat ne soit étendu à 58 autres pays disséminés à travers le monde dont 12 en Afrique. 

La spécificité des accords avec les pays partenaires quoiqu’ils ne soient pas standard pour tous les pays et que certains n’aient pas été rendu publiques se déclinent en deux points:

  • D’une part, il s’agit d’accepter de recevoir les migrants dont la demande d’asile est en cours d’analyse ou dont la demande pourrait être rejeté et qui ne peuvent pas pour une raison ou une autre regagner leurs pays d’origine. 

  • D’autre part, dans le cadre de la corrélation qui existerait entre le crime organisé et l’immigration, un échange d’information sur d’éventuels criminels et activités de contrebande.

Ces déportations soutiennent également la nouvelle vision des Etats-Unis qui estiment qu’il n’est pas du droit du migrant de choisir le pays d’asile. C’est aussi la réponse idéale des cas compliqués qui ne pouvaient que rester dans les Etats-Unis compte tenu des restrictions des lois étatsuniennes ou parce que leur pays ne peut accepter de les recevoir.

II. Quels enjeux et avantages pour les pays africains partenaires ?

Il peut sembler paradoxal que des États d'Afrique - continent qui enregistre déjà l'un des taux de déplacés internes et de réfugiés les plus élevés au monde - se portent volontaires pour accueillir des populations migrantes n'ayant jamais exprimé le souhait de s'y installer, d'autant que les États-Unis disposent de ressources financières et techniques largement supérieures pour gérer ces flux.

D'aucuns estiment que ce paradoxe met en lumière les leviers d'influence, souvent passés sous silence, activés par Washington:

  • Les pressions diplomatiques et économiques : L'adhésion des pays africains s'inscrit fréquemment dans un contexte de négociations asymétriques liées à la restriction des visas, au chantage aux droits de douane ou à la réévaluation de l’aide au développement.

  • La manne financière directe : Les budgets liés à ces accords sont matériels pour certains Etats africains. Pour le cas de la République centrafricaine, le New York Times révèle que les négociations portent sur l'injection de 85 millions de dollars par le biais d'une organisation internationale d'aide à la migration. Ce montant substantiel équivaut à près de 15 % du budget national 2026 du pays.

  • Le levier de réhabilitation politique : Pour plusieurs régimes autoritaires ou isolés sur la scène internationale, offrir cette bouée de sauvetage politique à l’administration américaine constitue une opportunité inespérée de s'attirer les faveurs de Washington et d'en escompter, en retour, un appui diplomatique direct.

III. Débats et perspectives

Afin d’approfondir la réflexion sur la pertinence de ces accords migratoires et de leurs externalités, Alterna réunit décideurs, leaders africains et experts internationaux autour d'une conférence de haut niveau. Les débats se structureront autour des axes problématiques suivants :

  • Droit d'asile (Les frontières du choix pour les exilés de demain) : Vers une redéfinition des flux migratoires et de la liberté de destination. À l'heure où certains réfugiés préfèrent le retour volontaire à la déportation vers l'Afrique, une réforme profonde du droit d'asile est-elle devenue inévitable ?

  • Droit international et responsabilité étatique : En acceptant d'accueillir des migrants expulsés, les pays africains se rendent-ils complices des violations des droits humains qui jalonnent ces parcours de déportation ?

  • Droits humains (L'externalisation des frontières) : Face à la stratégie occidentale d'externalisation du contrôle migratoire, quel est le véritable statut de l'Afrique : un partenaire stratégique respecté ou un simple réceptacle de la gestion des flux ?

  • Géopolitique et sécurité régionale : Comment l’Occident sous-traite-t-il sa crise migratoire sur le continent africain ? Dans le cadre de la doctrine « America First », les États-Unis imposent-ils leur diplomatie pour garantir leurs intérêts à court terme, au détriment de la sécurité régionale et des droits humains en Afrique ?

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